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L'école face à l'IA entre stratégie, gouvernance et transformation

Depuis la création de Pragma Learning Institute, et même avant, via mes liens avec le KRG, je passe beaucoup de temps à échanger avec des dirigeantes et dirigeants d'établissements, des cadres, parfois des décideurs publics, tous engagés, à leur manière, pour l'éducation, surtout supérieure, et depuis bientôt trois ans, j'entends une phrase revenir, avec une constance presque rassurante, on a déjà pivoté IA.


Spoiler alert, dans beaucoup de cas, ce pivot ressemble davantage à une intention déclarée qu'à une position stratégique tenue, parce que lorsqu'on creuse, calmement, sans jugement, juste en posant les questions basiques, vous partez sur quel type de modèle, un LLM (Large Language Model, ces modèles qui génèrent du texte), un RAG (Retrieval-Augmented Generation, un montage où l'IA va chercher dans vos documents), ou un autre modèle général, vous avez une gouvernance en plusieurs niveaux, une position sur la souveraineté, une doctrine data, un cadre d'usages, vous financez comment l'infrastructure, même si vous ne faites ‘que du RAG, là, soudain, le discours devient flou, et le flou, en stratégie SI, finit toujours par coûter très cher.


l'IA n'est pas un outil, c'est un système

Faire du RAG, oui, ce n'est pas très compliqué sur le papier, mais ce n'est pas gratuit, il y a la préparation des contenus, la qualité documentaire, la mise à jour, l'observabilité, la sécurité, les droits d'accès, la conformité, le support, la dette technique, et au milieu de tout ça, la question qui fâche, qui opère souvent comme un révélateur, qui paye, et pourquoi, et avec quel ROI éducatif, pas juste un ROI marketing.


Et là, je vois apparaître deux tentations, la première, on va tout internaliser, on va faire notre propre modèle, la seconde, on va acheter un assistant magique, et je le dis sans cynisme, ces deux extrêmes sont rarement alignés avec la réalité opérationnelle d'un établissement, parce que l'éducation, par essence, est un modèle organisationnel hybride, complexe, et parfois contradictoire, entre titulaires, équipes administratives, intervenants externes, alternance, campus multiples, accréditations, exigences marché, et temporalités différentes.


Henderson & Venkatraman, la matrice qui redevient urgente

Certains de mes étudiants la connaissent trop bien, parce que je leur ai cassé les pieds avec, mais si je le fais, c'est parce que ce cadre, le Strategic Alignment Model, n'a jamais été aussi utile qu'aujourd'hui, il force à regarder simultanément quatre domaines, la stratégie métier, la stratégie SI, l'infrastructure et les processus organisationnels, l'infrastructure et les processus SI, et à vérifier deux choses, le fit entre externe et interne, et l'intégration entre métier et SI.

En clair, il ne suffit pas d'avoir une vision IA, il faut que l'organisation et le système d'information puissent l'exécuter, sans quoi l'IA devient un décor, un slogan, ou un projet pilote éternel.


Les deux points de bascule que je vois, partout

Dans les quatre blocs du modèle, je vois deux zones où la bascule se joue vraiment, et pas là où l'on croit.


D'abord, la montée en compétences, et elle est double, les étudiants, évidemment, parce qu'il faut maintenir l'alignement entre ce que demande le marché, et ce que l'école sait réellement former, mais aussi les formateurs, et surtout les intervenants externes, parce qu'on leur demande d'être à jour sur l'IA, sans toujours avoir un référentiel commun, ni un dispositif de formation interne, ni même une définition claire de ce que être à jour veut dire, et oui, c'est compliqué à juger, parce qu'on confond trop souvent connaître l'outil et comprendre les effets.

Ensuite, et c'est le point aveugle, la zone des processus, ceux de l'école, ceux du SI, ceux du LMS, parce qu'à force de se concentrer sur le transmetteur d'information, et sur les canaux d'accès à l'information, on oublie celles et ceux qui portent la continuité pédagogique au quotidien, les assistants pédagogiques, les équipes support, les coordinations, qui n'ont pas besoin d'un discours de data science, mais d'une compréhension éclairée à 360, pour faire le lien, traduire, sécuriser, expliciter, et éviter que l'IA uniformise les pratiques au lieu de révéler les singularités.

Et j'ajoute une couche, qui me semble encore sous-estimée, certaines écoles recrutent, logiquement, sur l'expertise perçue et l'expérience professionnelle, mais pas toujours sur l'attrait pédagogique, et du coup, on oublie un autre fondamental, l'IA sans pédagogie, ça change les processus cognitifs, la manière de raisonner, de planifier, de douter, de mémoriser, d'évaluer, de se percevoir compétent, et si l'on n'explique pas ça, si l'on ne forme pas à ça, on laisse les étudiants et les enseignants improviser, et l'improvisation, dans un système massifié, produit rarement de la justice, de la qualité, ou de la confiance.


Une mini-checklist, pour arrêter le flou pivot IA

Si vous êtes dirigeant, DSI, responsable pédagogique, ou simplement lucide sur la complexité, voilà les questions qui, selon moi, remettent l'alignement au centre : Quel est votre choix d'architecture IA, et pourquoi, LLM, RAG, hybride, externalisé, souverain, et avec quels critères non négociables (données, sécurité, traçabilité)? Quelle gouvernance, au moins à quatre niveaux, usages (ce qui est permis), données (ce qui est accessible), modèles (ce qui est déployé), et évaluation (ce qui est mesuré, corrigé, audité)? Quel plan de compétences, pas seulement pour les étudiants, mais pour les intervenants, les équipes pédagogiques, et surtout les fonctions pont comme les assistants pédagogiques? Quel modèle économique, même pour du RAG, parce que le coût n'est pas juste technique, il est organisationnel, et la facture arrive toujours quelque part. Quelle stratégie SI, et là, oui, le best of breed peut être sain, à condition de savoir orchestrer, d'éviter le patchwork, et de documenter ce qui s'interface avec quoi, sinon on achète de la modernité, et on fabrique du chaos.


Henderson & Venkatraman disent aussi quelque chose que j'adore rappeler, l'alignement, c'est tirer sur une cible mouvante, ce n'est pas un événement, c'est un voyage, et si vous ne mettez pas en place un mécanisme vivant, qui s'adapte, vous vous réveillez avec un SI qui ne reflète plus l'école, et une école qui se met à contourner le SI.


Je vous laisse avec une question simple, mais inconfortable, et donc utile - dans votre établissement, est-ce que l'IA est alignée sur la stratégie, ou est-ce que la stratégie est en train de se plier à l'outil qui crie le plus fort?

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